Le Clos Lucé

Ce manoir de briques roses fut la dernière demeure de Léonard de Vinci, venu en terre française à dos de mulet à la demande de son ami François 1er. Petit frère du château royal d'Amboise, les deux sites s'observent depuis plus de 5 siècles sur les hauteurs de la ville. Excentré du centre de la commune, le Clos est un univers atypique sur le parcours des châteaux de la Loire : l'architecture renaissance côtoie les inventions modernes de l'italien. Une symbiose réussie qui laisse le visiteur bluffé par l'insondable génie de l'invité du roi guerrier.

Le manoir et sa tour centrale, avec sa statue dédiée au patron des archers, Saint Sébastien.

A la fin du XVe siècle est venue s'ajouter à l'ensemble la chapelle gothique, à gauche de l'entrée principale.

 

Le château de Cloux se pose en 1471 sur injonction d'Etienne le loup, Maître d'hostel de Louis XI. Ce dernier organise le logis autour d'une tour octogonale, et bâti ses murs de briques roses et de pierres de tuffeau, aspect typique du XVe siècle. Une seconde tour, la guette, est reliée par une galerie couverte. En 1490, Charles VIII prend possession du site contre 3500 écus d'or et y rajoute la chapelle, lieu que fréquenta assidûment Anne de Bretagne suite à la mort de ses 2 enfants. Charles d'Alençon prend ses quartiers au Clos en 1509, avant de vendre le domaine à Louise de Savoie. C'est ici qu'elle élève ses deux enfants, le pétillant duc d'angôuleme, futur François 1er, et sa soeur, Marguerite de Navarre.

Autoportrait de Léonard de Vinci ( 1452-1519 )

 

François 1er apprécie la culture italienne, et s'est naturellement qu'il voit en Léonard de Vinci un être exceptionnel. Le roi invite donc son ami en 1516 à venir résider en France, et met à sa disposition le château du Clos Lucé. Il le nomme également premier peintre, architecte et ingénieur du roi, ce qui octroi à l'inventeur une pension annuelle de 700 écus d'or ! Léonard organise dès lors les fêtes de la cour, trouve l'inspiration et dessine divers esquisses, dessins qui prennent vie dans le parc sous des expériences parfois peu concluantes : le parachute, le bateau à aubes en font les frais. Il est vrai que le maître ne dispose pas à l'époque des matériaux et des énergies nécessaires à la réussite de ses entreprises. Sa vie s'écoule ainsi dans la vallée de l'Amasse, affluent de la Loire, avant qu'il n'expire son dernier souffle à 67 ans le 2 mai 1519, dans les bras de son bienfaiteur Francois 1er, venu à son chevet. Francisco Melzi, son élève qui le suivi par delà les Alpes écrivit sur cet évènement : "Il sorti de la vie présente, bien préparé avec tous les sacrements de l'Eglise." Léonard est depuis inhumé en la chapelle St-Hubert, face au logis du château d'Amboise. Suite à ce triste épisode, Louise de Savoie reprend possession du patrimoine, puis en 1583, Michel de Gast, gouverneur d'Amboise en devient propriétaire. En 1636, la demeure revient dans la famille d'Amboise. Plus tard  en 1854, la famille Saint Bris en prend possession,  puis en 1862, il est inscrit aux monuments historiques. Le comte Hubert de Saint Bris décide en 1954 d'ouvrir le Clos Lucé au public.

Le jardin Renaissance et son point de restauration. En arrière plan à gauche,

on remarque le château d'Amboise et son chemin de ronde.

La visite débute par la tour de guet, résurgence de l'aspect médiéval du château, puis on emprunte la galerie couverte pour accéder au logis. On y découvre alors la chambre de Léonard de Vinci, qui en se levant le matin jouissait d'une vue imprenable sur le château royal. L'artiste y rédigea son testament et bien sûr de nombreux croquis. Vient ensuite le cabinet de travail, ou l'architecte coucha sur papier les plans du château de Romorantin, le projet d'assèchement de la Sologne, ou encore des maisons démontables pour la cour, sans cesse sur les routes. Le parcours est jalonné de citations et de maquettes réduites des inventions du peintre, et l'on accède à l'oratoire, chapelle commandée par Charles VIII. Arrivent ensuite les salons XVIIIe et la grande salle renaissance, ou est exposé l'acte de vente de Charles VIII et une tapisserie du XVe siècle représentant la chanson de Roland. La visite se termine par la cuisine et surtout par le sous-sol, espace dédié aux idées de Léonard : 40 inventions, qui n'auraient pu voir le jour qu'au XXe siècle, témoignent de ses intuitions stupéfiantes pour l'époque. Le char d'assaut, le pont tournant, la bicyclette, la machine volante, autant d'idées dans les domaines du génie civil et militaire, la mécanique, l'optique, l'hydraulique qui trahissent la soif de connaissance du maître. Notez également l'entrée du souterrain secret, qui, selon la légende, permettait au souverain de rendre visite en toute discrétion à son ami.

Un des travaux phare de Léonard de Vinci : le char d'assaut et sa tour d'observation.

L'artiste a apporté dans ses bagages 3 de ses toiles préférées : la Sainte Anne, le Saint Jean Baptiste qu'il

fini de peindre à Amboise, et le portrait d'une dame de Florence. Commandé par Julien de Médicis, ce tableau

utilise la technique dite du Sfumato ( contours estompés ) et fut réalisé de 1503 à 1514. La Joconde sourit depuis

au musée du Louvre, cependant une réplique s'est invitée dans la grande salle Renaissance du Clos.

 

Les extérieurs valent eux aussi le détour : le jardin renaissance, orné d'un jet d'eau central, s'étend derrière le logis et est bordé d'une terrasse à l'italienne. Face à l'entrée centrale, le parc culturel déploie ses charmes : la promenade du flâneur est agrémentée de 18 inventions grandeur nature. Le visiteur peut alors expérimenter lui même les applications nées de l'esprit fertile de l'italien. Des bornes sonores diffusent les pensées du maître et des toiles translucides se dressent ici et là. Vous pouvez aussi apprécier le calme du jardin de léonard et traverser le pont à double travée, en contrebas du château, à l'ombre des arbres ( photo ci-dessous ).

Au final, cette halte constitue une découverte magnifique et ludique, pour les jeunes comme pour leurs aînés. A 400 mètres du Château d'Amboise, le Clos Lucé et le digne héritier de son illustre hôte : envoûtant et unique. Assurément un coup de coeur ! Du haut de ses 500 ans, il continue de veiller avec grâce sur celui à qui il doit sa renommé et se proclame le gardien de la mémoire d'un des plus grands hommes de notre ère. Léonard de Vinci eu cette tirade :"la sagesse est la fille de l'expérience." A défaut d'en ressortir plus sage, le Clos Lucé constitue sans nul doute une bien belle expérience.

Le manoir, vu du parc culturel. Au premier plan s'est posé l'ancêtre de l'hélicoptère.