Chenonceau

Véritable ode à la renaissance, le château des dames émerge des eaux du Cher et peut s'enorgueillir d'être un des fers de lance touristiques du Val de Loire. Et la richesse du mobilier intérieur n'a rien à envier à l'élégance et au raffinement de ce navire paré des plus beaux artifices, comme pour célébrer en ces lieux un bal permanent depuis le XVIe siècle.

Le jardin de Diane, avec en arrière-plan le château et le donjon devenu Tour des Marques

A l'origine se dressait sur les bords du fleuve un moulin, puis la famille des Marques en prend possession en 1230 et y construit un château médiéval. Mais le propriétaire doit faire face à des ennuis de trésorerie et doit vendre l'édifice en 1513 à Thomas Bohier, intendant général des finances de François 1er.

Thomas Bohier, influencé par l'élan architectural italien promu par le roi, fait raser les constructions, à l'exception du donjon, du puits, et des fondations du moulin, puis entreprend la mise en chantier d'un nouveau logis sur le Cher. Mais étant trop occupé avec les campagnes d'Italie, c'est sa femme, Catherine Briçonnet qui dirige les travaux avec goût et pertinence. Ainsi l'escalier à rampe droite remplace celui à vis, moins pratique.

Thomas Bohier disparaît en 1524, puis sa veuve s'éteint à son tour en 1526. Leur devise trahi leurs ambitions " S'il vient à point m'en souviendra", littéralement si le château se termine, je resterai dans l'histoire. Mais suite à sa mort, un contrôle fiscal est mené et met à jour plusieurs malversations, et le fils du couple doit se résoudre à céder le domaine à la couronne de France en 1535.

Henri II succède à François 1er en 1547 et installe sa favorite Diane de Poitiers à Chenonceau, à la grande colère de Catherine de Médicis, la reine.

Diane, très attachée au site, fait alors sortir de terre un grand jardin à l'est du château, puis édifie un pont pour relier les 2 rives du Cher et accéder ainsi à l'espace de chasse et pourquoi pas y construire d'autres jardins. Cependant Henri II  meurt en 1559 et elle est aussitôt chassée du domaine par Catherine de Médicis, devenue régente du royaume. Pour rivaliser avec sa devancière, Catherine établi un jardin à l'ouest et pour effacer la trace de Diane, elle place sur le pont une galerie à double étage, ce qui donne au château son aspect et son charme actuel.

Le jardin de la Reine, voulu par Catherine de Médicis

De plus, pour oublier les tourments de la cour et les tensions qui tiraillent le royaume, La régente fait de Chenonceau un lieu de fêtes et de plaisirs, ou sévit l'escadron volant, composé de splendides jeunes filles chargées de séduire puis espionner les hautes personnalités.

A la mort de la reine-mère, en 1589, il est transformé en couvent par la veuve inconsolable de Henri III, Louise de Lorraine. Lorsque cette dernière décède, le château tombe alors dans l'anonymat et l'abandon.

Sur l'entrée principale, on peut lire : "François 1er, par la grâce de dieu roi des Français et Claude, reine des Français".

En 1733, le domaine est racheté par Mr Dupin qui en confie la gestion à sa femme, Louise, fille du banquier de Louis XIV. Cette dernière est une protectrice des arts et accueille en son domaine nombre d'écrivains comme Voltaire, Marivaux ou Rousseau. La propriétaire est également très appréciée de la population locale, ce qui évite au château d'être vandalisé et pillé à la révolution. Elle sauva notamment le mobilier précieux de la chapelle en transformant celle-ci en abri à bois.

Puis Chenonceau et le jeu de successions dans la famille avant d'être vendu en 1863 à Marguerite Pelouze, une riche héritière, qui entreprend alors de nombreuses restaurations pendant 10 ans. En 1888, criblé de dettes, le site est racheté par le Crédit Foncier, puis sera revendu au début du 20e siècle à la famille Menier toujours propriétaire des lieux à l'heure actuelle. La première guerre mondiale contribue à son évolution, puisque les cuisines sont modernisées pour accueillir les militaires et la grande galerie se transforme en hôpital.

La grande galerie accueilli de nombreux bals, mais aussi les blessés de guerre en 14-18

De nombreux français doivent aujourd'hui leur liberté et leur survie à Chenonceau puisque pendant la seconde guerre mondiale, la château se situait sur la ligne de démarcation. Des récalcitrants à l'occupation allemande sont donc entrés par la porte principale, ont emprunté la grande galerie et sont enfin ressortis en zone libre au sud.

A la lecture de son histoire, Chenonceau doit donc sa beauté et son surnom aux tempéraments des femmes qui se sont succédées dans ses murs. Les jardins à la française, le parc et le potager contribuent à donner au domaine un charme indéniable et en font un site incontournable des fastes de la renaissance en France. L'immobilier n'est pas le seul trésor de l'édifice puisque une remarquable collection de mobilier, tableaux de maîtres ( Rubens, Le Corrège, Van Loo ) et tapisseries foisonnent et vous replonge au XVIe et XVIIe siècle.

Le château des dames vu du jardin de la reine, à l'ouest