Azay le rideau

Propriété de l'Etat depuis le début du XXe siècle, Azay le rideau reflète ses lignes gracieuses dans les eaux de l'Indre depuis 1119. Il subit de plein fouet le souffle bienveillant de la renaissance qui fait de lui son héritier légitime et affirmé. Délesté de son mobilier et de ses richesses au XIXe siècle par la cupidité de son propriétaire de l'époque, le château retrouve grâce à l'effort public son lustre d'antan et est une étape incontournable du passant entre Tours et Chinon.

 

Le château d'Azay le rideau semble flotter sur les eaux de l'Indre

( photo Patrick Clenet )

 

Un premier édifice médiéval voit le jour au XIIe siècle, commandité par un chevalier de Philippe Auguste, Ridel d'Azay et sa construction doit protéger la route entre Chinon et Tours. Cependant en 1418, Charles VII y met le feu pour déloger les bourguignons occupant la place forte et exécute ses résidants. Ce sombre épisode vaudra à la localité le nom d'Azay le brûlé jusqu'au XVIIIe siècle.

Martin Berthelot, trésorier du roi, achète le domaine à la fin du XVe siècle. Puis il le lègue à son fils Gilles qui entreprend de donner au château une seconde jeunesse. Devenu trésorier de François 1er et Maire de Tours, ce dernier aidé de sa femme Philippa Lesbahy fait de sa demeure un espace raffiné, poussé par le vent nouveau de l'architecture renaissance qui balai la vallée de la Loire. Ainsi, le logis dresse ses murs sur les berges de l'Indre,  auquel vient s'ajouter une aile perpendiculaire. Une tourelle coiffe chaque angle et un escalier d'honneur à rampes droites étale ses charmes au centre du bâtiment. L'entrée, magnifique arc de triomphe, arbore les initiales de Gilles Berthelot et son épouse, tandis que la salamandre et l'hermine, représentants sculptés de François 1er et de la Reine Claude, accueillent les visiteurs. Le plafond de l'escalier est agrémenté de portraits antiques et on ne sait si on doit faire attention à la marche ou garder le nez en l'air. Le château a su conserver son chemin de ronde et cette union entre héritage médiéval et inspiration italienne donnent à l'ensemble une beauté indéniable.

L'entrée du château avec son escalier à rampes droites ( photo : Longanime )

 

En 1527, le baron de Semblençay, cousin du propriétaire, est pendu à Montfaucon par François 1er ( voir rubrique "et pendant ce temps là" ). Gilles décide de fuir la répression probable et part avec sa femme à Metz. Malheureusement, il ne devait plus revoir son joyau inachevé puisqu'il disparaît à Cambrai en 1529.

L'année précédente, le roi s'approprie le château et le donne en 1535 à un de ses favoris, Antoine Raffin, qui n'occupera les lieux qu'en 1547. Puis en 1583, sa petite-fille, Antoinette, poursuit les travaux  d'ornements avec son mari Guy de Saint-Gelais. Son fils Arthus en hérite et accueille Louis XIII dans ses murs. Le domaine sera le jeu de succession familliale jusqu'en 1751, puis cédé à leurs alliés, les Vassé qui gèrent l'édifice jusqu'à la révolution.

En 1791, le château a été mis à mal par le temps et les révolutionnaires. Il est alors vendu à Charles de Biencourt, maréchal des armées royales. En 1840, il est inscrit sur la liste des monuments historiques et comporte à l'époque une galerie ou trônent plus de 300 portraits.

En 1898, le propriétaire, criblé de dettes, ne peut assurer l'entretien du domaine et doit se résoudre à le vendre à Achille Arteau, homme d'affaires toujours avide de belles acquisitions. Arteau démembre le patrimoine, le mobilier et les oeuvres d'arts partent au plus offrant dans diverses ventes. Azay le rideau sonne dorénavant creux, ses pièces sont vident et n'accueillent plus que les courants d'air.

L'Etat prend possession de l'édifice entouré de ses 540 ha de terres en 1905 après avoir versé la somme de 250 000 francs, et entreprend les restaurations dès 1907. Le centre des monuments nationaux devient dès lors le gardien de ce fleuron architectural de l'Indre et Loire. Vous pouvez contempler à l'intérieur des tapisseries des XVIe et  XVIIe siècles, les meubles ont fait un retour remarqué et font face aux tableaux de maîtres tel celui de François Clouet. N'oublions pas les jardins remaniés par les Biencourt au XIXe siècle, agrémentés de 2 pièces d'eau ou viennent s'admirer les fières tours d'Azay

  Détail du plafond de l'escalier central ( photo : Longanime )