Henri IV

Henri IV est une personnalité atypique dans la royauté française. On lui cultive une image franchouillarde, la moustache fournie, parfumé à l'ail, le verbe haut célébrant la poule au pot. C'est un peu oublier qu'il fut l'un des prétendants au trône le plus détesté de l'Histoire de France et a échappé à de multiples attentats avant que sa chance ne tourne en 1610. Mais c'était un homme tenace qui connaissait avant notre heure les pouvoirs d'une bonne communication. Face aux villes qu'il conquiert, il prône la bienveillance, le respect et pardonne à ses opposants. Il privilégie également aux guerres les accords souvent financiers et encourage ainsi la paix, véritable levier économique. Malgré ses nombreux changements de religions qui écornent le début de son règne, ses sujets ont appris à aimer ce roi, et se rendent compte à sa disparition du grand vide qu'il laisse. 

Il naît au château de Pau en 1553, et il est éduqué avec les préceptes du protestantisme par ses proches, au grand désarroi paternel. En 1561, son père Antoine de Bourbon, descendant de Louis IX, l'introduit à la cour ou il côtoie le roi Charles IX. A partir de 1564, il est du voyage avec la cour pendant le tour de France de Charles IX, puis l'amiral de Coligny le prend sous son aile et parfait son instruction militaire. Il est alors des batailles de Jarnac et de Moncontour.

En 1572, il succède à sa mère et est intronisé roi de Navarre en tant que Henri III. Il part alors en noces avec la soeur de Charles IX, Marguerite de Valois, la fameuse reine Margot. Il est vrai que cette union a été arrangée, notamment par Catherine de Médicis pour favoriser le rapprochement entre catholiques et réformés. Ne pouvant pénétrer dans une église, Henri célèbre son mariage sur le parvis de Notre Dame. Seulement les festivités sont de courte durée, puisque la St-Barthélémy éclate ensuite. Épargné de part son rang, il est forcé de se convertir au catholicisme. Toutefois, avec l'appui d'autres nobles, il tente de s'évader de la cour avec le frère du roi François d'Alençon, c'est le complot des malcontents. Tentative vouée à l'échec, il est fait prisonnier au château de Vincennes. Charles IX se montre clément et lui évite la mort. Cependant, il est à nouveau retenu à la cour. En 1574, le roi décède et est remplacé par Henri III. Ce dernier, pragmatique, lui pardonne ses actes passés.

Les guerres de religions se succèdent, et Henri en profite pour se soustraire à la cour et retourne en son royaume de Navarre. Il abjure alors sa conversion au catholicisme et reprend ses principes protestants. Il en profite également pour asseoir son autorité au château de Nérac et tente de devenir le leader du parti protestant, en concurrence avec le prince de Condé. En 1578, Catherine de Médicis ramène son épouse à Nérac et permet d'apaiser les tensions religieuses avec le roi. Néanmoins, son goût des femmes met à mal son couple, toujours sans enfants, et Marguerite s'emporte puis repart pour Paris.

En 1584, Henri III, également sans descendance, pense faire de lui son héritier au trône. Mais poussé par la ligue, le roi proclame par le traité de Nemours la chasse aux réformés et les hostilités reprennent. Les combats tournent à l'avantage des Huguenots et Henri de Navarre remporte une éclatante victoire à Contras en 1587, ce qui lui fait un peu oublier son excommunication prononcée par le pape quelques temps auparavant.

Après l'assassinat du duc de Guise, chef de la ligue, en 1588 et le soulèvement populaire contre lui, Henri III n'a d'autres solutions que de s'allier avec son cousin Henri de Navarre. Tous deux entreprennent le siège de Paris, tenu par la ligue. Mais Henri III est à son tour tué par le moine Clément et tout se précipite. Avant de succomber, le roi fait de lui son successeur, il devient alors Henri IV.

Mais cette tâche s'avère ardue, car la ligue catholique, très influente, refuse catégoriquement de le reconnaître en tant que nouveau souverain. Il refuse de se convertir à nouveau mais jure de respecter la foi chrétienne. Beaucoup sont septiques, les rangs de l'armée protestante s'éclaircissent et il doit abandonner le siège de la capitale. Il bat en retraite vers Dieppe, avant d'être victorieux à la bataille d'Arques, puis à Vendome et enfin à Ivry. Son humanité et son souhait de laisser intacte les sites catholiques dans les villes reconquises lui attire les faveurs d'autres cités comme Tours ou Le Mans. Cependant, il bute toujours sur Paris, soutenue par les Espagnols. Des tensions apparaissent aussi dans son propre camp, puisque ses partisans lui reproche de ne pas leurs accorder une totale liberté de culte. Un de ses principal opposant, le duc de Mayenne, convoque les états généraux en janvier 1593 avec en tête de remplacer le souverain. Mais les dignitaires se tournent vers Henri IV et lui jurent obéissance s'il se converti. Lassé par les conflits armés, souhaitant préserver les finances royales et par amour pour Gabrielle d'Estrées, le roi renie le protestantisme  en juillet de la même année à la basilique St Denis. Pour finir de rallier les villes indécises à sa cause, il n'hésite pas à accumuler les cadeaux envers les gouverneurs des provinces concernées, qui se traduit par une forte augmentation des taxes et produit des révoltes dans les campagnes.

Le 27 février 1494, Henri IV est sacré à Chartres, puis entre à Paris, sans heurts. Le pape Clément VIII lui accorde son absolution, se qui fini de convaincre les derniers nobles réticents à le rejoindre. La ligue, fortement fragilisée, dépose les armes après avoir été défaite à Fontaine. L'année suivante, le roi déclare la guerre à l'Espagne, ennemi de toujours, mais se heurte bientôt à plusieurs revers : en Picardie, en Bretagne. De nouveau lâché par les chefs protestants qui se sentent mis de côté, ceux ci rechignent à le soutenir militairement. Malgré tout, les troupes royales reprennent dans la douleur la Bretagne puis signent avec les espagnols la paix de Vervins. Auparavant à été ratifié l'édit de Nantes accordant la liberté de culte demandée par les réformés. Ainsi prennent fin les guerres de religion en France et une paix durable, tant souhaitée, s'installe enfin.

Gabrielle d'Estrées, favorite du roi

 

La politique d'Henri IV a aboutie, quand est-il de sa vie personnelle : Gabrielle d'Estrées lui est chère, mais elle n'est pas assez noble pour devenir reine, et suscite des moqueries au sein de la cour. Qui plus est, le roi n'a toujours pas d'héritier, ce qui fragilise sa position. La situation évolue en 1599 : Gabrielle meurt. Le roi peut alors épouser Marie de Médicis en 1600, après avoir fait annuler son union avec Marguerite de Valois. L'année suivante, la naissance d'un fils renforce le pouvoir royal, mais ses pulsions continuent à lui jouer des tours. En effet, il s'aguiche d'Henriette d'Entragues, qui fera pression pour qu'il reconnaisse ses enfants, sans succès. Puis suivra Charlotte de Montmorency.

Entouré de conseillers efficaces comme Sully, sa politique est en générale appréciée, la paix retrouvée permettant de remplir les caisses. Tout cet optimisme permet au royaume de retrouver un essor économique, la production agricole s'accroît. Suivant cet entrain, le plat national est promulgué, ce sera une poule au pot pour chaque foyer. Il entreprend de nouveaux travaux : la place royale et la place dauphine voient le jour, puis ajoute une galerie au Louvre. Prêchant maintenant la bonne parole catholique, il favorise l'arrivée sur notre sol des jésuites et met en place une caisse des conversion.

En 1609, de nouvelles dissension font leurs apparitions avec les Habsbourg et l'Espagne. Henri IV soutient les princes protestants allemands, adversaires de l'empereur d'Autriche. L'émulation populaire grandie, les citoyens français ne voulant pas d'une autre guerre. Mais le roi entend faire respecter son autorité et se prépare au conflit. Malheureusement il n'aura pas le temps de peaufiner ses plans : le 14 mai 1610, alors qu'il circule en carrosse dans les rues de Paris, un homme imposant monte sur le marchepied du véhicule. Ravaillac, un catholique fanatique poignarde par 3 fois le souverain avant d'être maîtrisé par la garde. Henri IV agonise et s'éteint finalement quelques instants plus tard. Ravaillac, soumis à la question (autrement dit torturé ) ne dévoilera jamais les commanditaires de son crime et sera écartelé en place de grève.

Le 1er juillet 1610, Henri IV est inhumé à la basilique St Denis. Son fils Louis XIII lui succède à 9 ans, et en attendant sa majorité, la reine Marie de Médicis prend la régence du royaume. 

1610, Paris, rue de la feronnerie :

Ravaillac touche mortellement Henri IV